Lors de son discours au débat général de la 76e Assemblée générale des Nations unies en 2021, le président XI Jinping a souligné la nécessité de promouvoir une « coexistence harmonieuse entre l’Homme et la nature » marquant ainsi son engagement envers l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2060. Simultanément, le pays s’efforce d’améliorer la durabilité de ses investissements internationaux.

Cette ambition s’est manifestée par la décision de la Chine de ne plus supporter la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, alors que nombre de ces projets avaient été promus dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie (Lamu, Hunutlu, Cekulan Bawang, Gwadar). Depuis 2013, la Chine a alloué 50 milliards de dollars à des projets de centrales thermiques au charbon.
Par cette décision, la Chine montre qu’elle est consciente de l’impact environnemental significatif de ces initiatives. En effet, les centrales thermiques au charbon émettent une quantité importante de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. À la suite de cette déclaration, 20 projets ont été définitivement annulés, mais en octobre 2022, 77 projets de centrales électriques au charbon étaient encore planifiés, 65 étaient en phase de construction, tandis que 68 avaient été suspendus. La Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme statue la même année que la décision n’incluait pas les projets déjà lancés.
Des efforts ont tout de même été déployés afin de réduire l’investissement dans les centrales thermiques, notamment en transformant les projets déjà signés vers des options plus respectueuses de l’environnement.
Focus sur le projet de centrale thermique de Gwadar
Au Pakistan, les résolutions chinoises ont rapidement été confrontées à une réalité bien plus complexe. Le projet de centrale thermique de 300 MW dans la ville portuaire de Gwadar annoncé en 2016 est au centre des discussions puisqu’en janvier 2023, le premier ministre pakistanais annonce que le projet verra bien le jour.
Parallèlement, la Chine réaffirme sa volonté d’investir dans le projet via deux crédits alloués par la ICBC et la CBC afin de commencer sa construction. En novembre 2023, la compagnie CIHC Pak Power, à son tour, accepte de commencer à travailler sur le projet. Le charbon utilisé proviendra de Chine.
Le projet est le reflet des investissements massifs qu’a effectué la Chine dans le secteur de l’énergie au Pakistan. Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) a facilité le développement de projets axés sur le charbon, bien que le pays ne détienne que 0,03% des réserves mondiales. La production pakistanaise à base de charbon et de combustibles fossiles en général dépend donc majoritairement des importations chinoises qui représentent 90% de la capacité de production actuelle du Pakistan.

Cependant, en pleine crise économique, le pays cherche à s’émanciper de sa dépendance énergétique en passant par le développement de son aptitude à exploiter le charbon qu’il possède dans le désert du Thar. Des négociations avaient eu lieu concernant les termes du contrat pour le projet Gwadar, reflétant la volonté du Pakistan d’utiliser son propre charbon dans la centrale, une demande que la Chine avait refusée.
Le Pakistan ne semble donc pas envisager de réduire l’exploitation du charbon, cela ayant été confirmé par la déclaration du premier ministre de l’Énergie qui annonce lors d’une interview que « le pays prévoit de quadrupler sa capacité domestique de production de charbon et qu’il ne construira pas de nouvelles centrales au gaz dans les années à venir ». Cette décision est motivée par des facteurs politiques, économiques, sociaux et environnementaux.
La Chine doit ainsi composer avec les intérêts du gouvernement pakistanais dans le cadre du projet Gwadar, tout en respectant ses engagements et en encourageant une transition vers les énergies renouvelables pour ses pays partenaires.
Une transition énergétique longue mais nécessaire
La Chine dispose alors de plusieurs moyens pour garantir la faisabilité de ses ambitions environnementales. Au Pakistan, le développement des énergies renouvelables est poussé par le gouvernement chinois avec la mise en place de tarifs particuliers. Cependant, la mise en place d’infrastructures éoliennes et solaires s’avère être un long processus. En juin 2022, les énergies renouvelables ne représentaient que 6% de la capacité énergétique du Pakistan. Pourtant, il apparaît plus que nécessaire d’accélérer la transition énergétique du pays. En effet, les villes de Lahore et Karachi se classent parmi les 10 villes les plus polluées au monde depuis maintenant quelques années.
En conclusion, la nouvelle position chinoise a encouragé une réflexion autour de nouveaux projets qui s’alignent sur les nouvelles directives environnementales des Nouvelles Routes de la Soie. Une réflexion qui s’est traduite par des projets verts d’envergure. Par exemple, selon des données du Centre de finance durable et de développement de l’université de Fudan, 42% des investissements étrangers chinois dans le secteur de l’énergie concernaient les énergies solaire et éolienne pour la première partie de 2023.
Par Dounia Dif, Chargée de Veille Route de la Soie verte auprès de l’OFNRS
