Du Mexique à l’Argentine, le scepticisme à l’égard des grands projets pétroliers s’accroît. Certains pensent que les énergies renouvelables sont une alternative à envisager dorénavant.

En 2019, les nouveaux présidents du Mexique et de l’Argentine ont annoncé des plans de relance économique pour améliorer les performances économiques de l’État au travers de nouveaux projets pétroliers ambitieux. Ces projets permettraient d’augmenter les recettes de l’État.

Au Mexique, la compagnie pétrolière, Petróleos Mexicanos (Pemex) et le projet controversé de la raffinerie de Dos Bocas seront des éléments majeurs dans le projet de relance économique. Du côté de l’Argentine, l’accent a été mis sur Vaca Muerta, l’une des plus grandes réserves mondiales de gaz et de pétrole de schiste, qui a été présentée comme le “salut” économique du pays.

La pandémie Covid-19, au-delà de cette crise sanitaire dramatique, est la source d’un grave effondrement du marché pétrolier. Le prix du pétrole a chuté de 60 % depuis janvier, pour atteindre son prix le plus bas depuis 18 ans (< 30 dollars le baril). Mais, cette baisse est la conséquence d’un effondrement de la demande due au coronavirus et à “une guerre des pays” entre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), emmenés par l’Arabie saoudite, et leur principal allié russe. Cette dépression risque d’inonder le marché international de pétrole, rendant les investissements dans ce secteur beaucoup moins intéressant.

Edmar de Almeida, professeur d’économie et expert dans le secteur de l’énergie à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, a déclaré que les crises de la demande et des prix vont probablement affecter les investissements dans les projets pétroliers, car les entreprises tentent de préserver leurs liquidités. « Cela signifie qu’il faut réduire les investissements dans l’exploration et reporter les projets. À ce jour, je ne vois pas le pétrole comme un moteur pour relancer l’économie« , a-t-il déclaré.

Pétrole : les espoirs déçus

Dès son entrée en fonction, en décembre 2018, le président du Mexique, Andres Manuel López Obrador, a une idée fixe : redresser l’ancien fleuron pétrolier pour relancer l’économie pays. D’ailleurs, une de ses premières initiatives en tant que président a été de changer la devise de la compagnie pétrolière, Petroleos Mexicanos. « Pour la récupération de la souveraineté” : telle est la nouvelle devise de Pemex.

Tandis que la compagnie pétrolière, Pemex, est accablée de dettes s’élevant à plus de 105 milliards de dollars, sa capacité à relancer l’économie mexicaine est progressivement remise en doute, selon Reuters. Grâce à une vente massive de sa production conclue par le biais de nouveaux contrats, certains revenus ont été épargnés, la protégeant ainsi d’une crise économique.

Les promesses de campagne de López Obrador concernant le projet de raffinerie de Dos Bocas, d’une valeur de 8 milliards de dollars, semblent également incertaines. En janvier, l’ambassadeur chinois Zhu Qingqiao a annoncé que deux banques chinoises investiraient 600 millions de dollars dans le projet. Cependant, le gouvernement mexicain souhaitant maintenir la souveraineté sur le projet a refusé leurs conditions, ces derniers ont donc décidé de se retirer.

La raffinerie constituerait un investissement massif pour une entreprise en difficulté. Mais, le gouvernement mexicain la soutient toujours.

« À une époque où les prix du pétrole sont aussi bas qu’aujourd’hui, le raffinage est une alternative plutôt rentable. « , a déclaré le ministre mexicain de l’énergie, Rocio Nahle, dans un récent entretien avec El Financiero TV.

Entre-temps, en Argentine, nombreux sont ceux qui pensent que les projets du gouvernement visant à accroître le développement de Vaca Muerta, dans la province de Neuquén en Patagonie, devront probablement attendre plus longtemps que prévu. Une nouvelle accablante pour un gouvernement qui a besoin de plus de fonds alors qu’il est en plein processus de restructuration de la dette publique.

« L’Argentine plaçait la plupart de ses espoirs dans Vaca Muerta. Maintenant, le sujet est débattu. « , a déclaré Jorge Lapeña, ancien secrétaire à l’énergie.

Aujourd’hui, Vaca Muerta joue un rôle majeur sur le marché intérieur, en fournissant 3 % du gaz et 19 % du pétrole du pays. Néanmoins, seuls 5 % des réserves sont exploitées. Pour être rentable, le prix du Brent doit être supérieur à 40 dollars, largement supérieur au niveau actuel.

Soutenir la croissance prévue de la production de Vaca Muerta signifierait développer environ 300 puits d’hydrocarbures non conventionnels par an, ce qui nécessiterait un investissement de 5 à 7 milliards de dollars par an, selon un rapport du cabinet de conseil en affaires Abeceb.

« Aujourd’hui, Vaca Muerta est comme un patient qui a de la fièvre, nous devons suivre l’évolution des marchés internationaux. Si les prix restent bas, les investissements seront retardés et la production diminuera« , a déclaré Gerardo Rabinovich, vice-président de l’Institut général de l’énergie de Mosconi.

Aucun client

Les investissements ne sont pas la seule préoccupation en Amérique latine, car de nombreux pays dépendent des revenus du pétrole pour payer les factures. La Chine est l’un des principaux clients du brut produit dans la région.

Selon M. Almeida, le Brésil dispose d’un marché intérieur fort qui pourrait aider la compagnie énergétique publique Petrobras à surmonter la crise du prix du pétrole. Mais la société a annoncé qu’elle réduirait ses investissements de 12 à 8,5 milliards de dollars en raison de la crise et qu’elle ralentirait la production, en particulier dans les eaux peu profondes. M. Almeida a déclaré que les réductions ne devraient pas affecter les investissements à long terme, car ceux-ci sont prévus sur plusieurs années.

Mais le scénario est particulièrement sombre en Colombie, où le pétrole représente près de 80 % des exportations vers la Chine. Les exportations de pétrole de la Colombie vers la Chine ont doublé entre 2017 et 2018. Cependant, en février, alors qu’elle s’efforçait de résoudre la crise de Covid-19, la Chine a cessé d’acheter du pétrole colombien.

Le président colombien, Ivan Duque, savait que la dépendance du pays aux exportations de pétrole finirait par devenir un problème. En août, lors d’une visite d’État à Pékin, il s’est engagé à diversifier les exportations de la Colombie vers la Chine. Mais rien n’a changé jusqu’à présent.

« Nous devons nous préparer à une hausse dollar, à une baisse des recettes d’exportation et, plus tard, à une diminution des recettes fiscales due au pétrole« , a déclaré l’ancien ministre Mauricio Cárdenas, ajoutant que le pays devait stimuler la consommation intérieure du pétrole et qu’il ne vendrait plus à d’autres pays.

Une opportunité pour les énergies renouvelables ?

Alors que la baisse des prix du pétrole devient la nouvelle norme, nombreux sont ceux qui se demandent ce que cela signifie pour les investissements dans les énergies renouvelables. Certains disent que cette baisse des prix signifie que les énergies renouvelables sont devenues moins compétitives, tandis que d’autres affirment que cette dépression signifie que les investisseurs seront moins intéressés par le pétrole et s’aventureront dans d’autres projets énergétiques.

André Ferreira, directeur de l’Institut brésilien de l’énergie et de l’environnement (Iema), a déclaré qu’il était prématuré de faire des prévisions sur les conséquences de la crise du prix du pétrole pour les énergies renouvelables.

Mais, tandis que les niveaux de pollution diminuent et que les gens regardent le ciel devenir bleu dans les plus grandes villes d’Amérique latine, Ferreira voit une opportunité d’introduire les véhicules électriques et de donner la priorité aux transports publics.

« Je ne vois pas comment, à long terme, ce sera la percée des énergies renouvelables », a-t-il déclaré. Mais, il a ajouté : « C’est une “fenêtre de tire” pour discuter de la mobilité urbaine.

En partenariat avec

Cette article de Manuela AndreoniAlejandra CuéllarFermín Koop a été publié sur Diálogo Chino et a été reproduit sous Licence Creative Commons