Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas condamné le référendum vénézuélien d’annexion de l’Essequibo ? Le point sur ses enjeux économiques au Guyana.

Le dimanche 3 décembre, Nicolás Maduro organisait un « référendum consultatif » sur l’intégration de l’Essequibo au Venezuela, une région immensément riche en pétrole et qui représente deux tiers du territoire Guyanais. Le référendum fut approuvé à 95% et les autorités guyanaises se disaient vigilantes quant à la possibilité d’une invasion vénézuélienne. Les tensions sont depuis lors redescendues et les deux pays se sont engagés à ne pas faire usage de la force dans cette dispute lors d’un sommet à St-Vincent et les Grenadines, jeudi dernier. Si le référendum d’intégration de l’Essequibo fut largement dénoncé par la communauté internationale, Pékin avait fait le choix de ne pas le condamner. La Chine s’était contentée d’appeler à une résolution pacifique de la dispute territoriale. Pour comprendre cette réaction diplomatique, il est important de se pencher sur les relations économiques entre Pékin et Georgetown, et notamment dans le secteur des énergies fossiles.

Poignée de main entre le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et son homologue du Guayana, Irfaan Ali, lors d’une rencontre à Saint-Vincent-et-les-Grenadines le 14 décembre 2023

Liens économiques et commerciaux entre la Chine et le Guyana

Il existe aujourd’hui un lien économique et commercial très fort entre le Guyana et la Chine qui s’illustre par l’adhésion du Guyana à l’Initiative la Ceinture et la Route. L’abondance en matières premières au Guyana (or, diamants, minéraux…) a fortement contribué à son attractivité et a poussé les entreprises chinoises à s’y implanter durablement, au point de devenir un acteur économique majeur au cours des dernières années.

Ainsi, les échanges commerciaux entre les deux pays ont enregistré une augmentation de 213 % entre 2018 et 2022, avec un taux de croissance annuel moyen dépassant les 42,5 %, d’après les données des douanes chinoises. Les entreprises chinoises sont aujourd’hui omniprésentes sur les grands projets d’infrastructures. La China Harbour Engineering Corporation (CHEC) a remporté un contrat d’extension de l’aéroport international Cheddi Jagan (150 millions de $). De même, la China Railway First Group a signé un contrat de 142 millions de $ pour un projet d’expansion du système ferroviaire et routier de la côte Est du pays mais surtout a marqué de sa présence dans le projet de barrage hydroélectrique dans les chutes Amalia (500 millions de $).

Cependant, c’est dans le secteur pétrolier que les opportunités sont vastes pour les entreprises chinoises au Guyana, puisque ce pays, qui dispose des plus grandes réserves de pétrole par tête d’habitant, devrait assurer 1% de la production mondiale en 2025. Si la production quotidienne atteint aujourd’hui les 380 000 barils, celle-ci devrait doubler au cours des prochaines années. La China National Offshore Oil Company (CNOOC) détient déjà 25% des droits d’exploitation sur un gisement pétrolier découvert par un consortium dirigé par ExxonMobil. La découverte de réserves immenses de gaz et de pétrole de bonne qualité offre un potentiel d’investissement immense pour cette entreprise, qui a répondu, sous la bannière du consortium dirigé par ExxonMobil, aux appels d’offres du gouvernement pour une potentiel l’ exploitation de 14 nouveaux blocs offshore.

Quelle position pour la Chine face au référendum de Maduro ?

Xi Jinping et son homologue du Guayana, Irfaan Ali

Si la Chine dispose d’une excellente relation avec le Guyana, il en est de même pour son voisin vénézuélien. En effet, le partenariat stratégique entre Pékin et Caracas a été approfondi au mois de septembre, après la visite de Nicolás Maduro à Pékin. Les deux pays disposent notamment d’accords commerciaux importants sur le pétrole, le gaz et l’or. De plus, le site Reuters affirme que l’entreprise publique PetroChina envisageait d’acheter jusqu’à 8 millions de barils par mois de brut vénézuélien à la compagnie pétrolière appartenant à l’État vénézuélien PDVSA. Ainsi, compte tenu des bonnes relations avec Georgetown et Caracas, Pékin cherche à éviter de contrarier l’un ou l’autre. Le gouvernement chinois a donc qualifié les deux pays de « bons amis » et a appelé « au calme et à la résolution pacifique de la dispute territoriale » dans un communiqué. Le porte-parole de la diplomatie chinoise a ajouté que la Chine a toujours respecté la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays. Ainsi, c’est puisqu’elle dispose de nombreuses opportunités dans l’industrie fossile au Guyana mais aussi d’excellente relations avec son voisin vénézuélien que la Chine a fait le choix du non-alignement sur la question de l’annexion de l’Essequibo.


Par Aloïs Mottard, Chargé de veille du Pôle Amérique Latine