Par Eugénie Davi, Analyste à l’Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie

Le 20 mai dernier, le ministre des transports de l’Ouzbékistan Elier Ganiev, le ministre des transports et des autoroutes du Kirghizstan Zhanat Beishenov, le directeur général adjoint du département des capitaux étrangers et des investissements du Comité d’État pour le développement et la réforme de la République populaire de Chine Chen Chiping ont tenu une vidéoconférence à propos de la mise en œuvre du projet de construction de la ligne ferroviaire Ouzbékistan-Kirghizistan-Chine.

Cette réunion en ligne initiée par l’Ouzbékistan a permis aux différentes parties de discuter des mesures pratiques pour relancer la mise en œuvre de ce projet jusqu’alors laissé en suspens.

Le ministre ouzbek des transports, Elier Ganiyev, a déclaré qu’il était nécessaire d’accélérer la mise en œuvre du projet de chemin de fer Ouzbékistan-Kirghizistan-Chine dans le contexte de la pandémie de coronavirus. « En raison des mesures de quarantaine, le transport routier entre nos pays est limité. Dans le contexte de ces processus, le mode de transport le plus sûr et le plus sécuritaire reste le chemin de fer. Ce fait suggère la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de ce projet », a déclaré M. Ganiyev.

Les parties ont notamment discuté d’un accord unique sur les itinéraires proposés pour la construction des chemins de fer, les normes techniques utilisées pour la conception et la construction, les sources de financement du projet et d’autres questions d’organisation

La réunion a examiné en détail les propositions de la Chine et du Kirghizstan sur les sections par lesquelles le chemin de fer peut passer. Les parties ont convenu d’examiner les aspects techniques et économiques du projet et de tenir prochainement une réunion dans le même format afin de parvenir à une conclusion commune sur les itinéraires proposés pour la construction de la ligne ferroviaire.

Un projet lancé il y a 20 ans

Le projet de construction d’une ligne ferroviaire qui relierait la Chine aux pays d’Asie centrale est en discussion depuis près de 20 ans. Introduit pour la première fois dans les années 1990, à l’initiative de la Chine, les parties n’ont néanmoins pas pu se mettre d’accord sur l’écartement des voies, ni sur le coût de la construction d’une autoroute qui traverserait des zones montagneuses inaccessibles et sur son tracé.

En 1997, un protocole a été signé, créant une commission de travail tripartite entre la Chine, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan qui a produit un premier état de faisabilité présenté en 2002. Mais le projet ne s’est pas concrétisé notamment en raison de plusieurs évènements politiques comme la révolution kirghize de 2010 ainsi que plusieurs désaccords techniques et financiers entre les parties.

En décembre 2017, les représentants des gouvernements et des chemins de fer des trois pays ont convenu, à l’issue d’une réunion à Tachkent, de résoudre la question du tracé et du financement du projet d’ici la fin 2018, ainsi que de préparer un accord intergouvernemental sur la construction du chemin de fer « Ouzbékistan-Kirghizistan-Chine ». Toutefois, ce document n’a pas encore été signé.

Cette vidéoconférence et les déclarations des autorités semblent cette fois signifier une réelle volonté de parvenir cette fois-ci à la mise en œuvre du projet.

Une ligne ferroviaire au cœur de la BRI

Dans le cadre de l’initiative la ceinture et la route (BRI), ce projet de ligne de chemin de fer permettrait à la Chine d’accélérer la construction d’infrastructures stratégiques de transport. Et ce d’autant plus que les échanges ferroviaires de la Chine vers l’Europe n’ont eu de cesse d’augmenter ces dernières années. D’une manière générale, le transport ferroviaire présente un certain nombre d’avantages non tarifaires pour les expéditeurs par rapport au transport maritime. Il est moins cher, les délais sont plus courts et il dispose d’une meilleure régularité.

D’autre part, la construction de ce chemin de fer permettra de créer un nouveau corridor de transport pour l’acheminement des marchandises vers les pays d’Europe de l’Est via le corridor transcaucasien, ainsi que de réduire le temps de livraison des marchandises de la Chine et des pays d’Asie centrale vers l’Union européenne et le Moyen-Orient. Un itinéraire proposé devait alors impliquer la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer traversant le Kirghizstan et reliant les villes de Kachgar, dans l’ouest de la Chine, et d’Andijan, dans l’est de l’Ouzbékistan. Elle devait également être reliée au Turkménistan, au Caucase, à la Turquie, à l’Iran, au Moyen-Orient et à l’Europe.

Aussi, cette ligne pourrait représenter le chemin le plus court de la Chine vers les pays d’Europe et du Moyen-Orient. Par rapport aux itinéraires existants, la distance serait réduite de 900 km ce qui représente une réduction du délai de livraison pouvant aller de 7 à 8 jours.

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