Les Etats fédérés de Micronésie sont depuis leur accession à l’indépendance, dans le giron des Etats-Unis. Toutefois, la Chine est d’une grande aide lorsqu’il faut parler infrastructure et grands projets de développement. Retour sur la place de la Chine en Micronésie. Avec en seconde partie, le regard de l’Ambassadeur de Chine en Micronésie alors que l’épidémie frappe aussi ce territoire du pacifique.

Par Huanran Yang, traductrice pour l’OFNRS

La Micronésie entre Etats-Unis et perspective Chinoise

En décembre 2019, le président des États fédérés de Micronésie (EFM), David Panuelo a effectué sa première visite d’État en Chine. Cette visite a célébré le 30e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.

Rappelons que les États-Unis offrent aux citoyens micronésiens une défense, des subventions et un accès aux services sociaux dans le cadre du Compact of Free Association (COFA) signé en 1986.

Les signataires du COFA reçoivent de tels avantages en échange du contrôle américain sur l’espace aérien et les eaux territoriales de ces nations. 

Parmi les réalisations de la récente visite, mentionnons une exemption de visa pour les détenteurs de passeports des deux pays, un accord sur la rénovation du complexe du gouvernement de l’État de Pohnpei avec 10 millions de dollars d’aide chinoise, une subvention de 12 millions de $ aux FSM pour la coopération économique et un don de 2 millions de $ au FSM Trust Fund.

Une grande partie de l’influence de la Chine provient de son aide au développement aux EFM. L’une des principales raisons de la visite de Panuelo a été de demander une assistance supplémentaire pour les projets d’infrastructures. L’aide chinoise aux FSM s’élève à plus de 100 millions de $ sur les trois dernières décennies.

Les projets d’infrastructure financés par la Chine dans les quatre États insulaires des FSM comprennent le complexe gouvernemental de l’État de Chuuk, le pont Kahmar et le centre sportif d’amitié FSM-Chine. La Chine a fait don d’un avion Y-12 de fabrication chinoise aux FSM et d’un cargo pour passagers aux États de Yap et de Chuuk respectivement. L’aide chinoise prend également la forme d’un renforcement des capacités grâce à des fermes de démonstration utilisées pour exposer des techniques agricoles.

Contrairement à d’autres pays insulaires du Pacifique tels que les Tonga et Vanuatu, qui ont tous deux emprunté d’importants prêts à la Chine, les FSM évitent le risque d’endettement en n’acceptant que des subventions chinoises grâce à leur politique de ne pas emprunter.

Les FSM font appel à la Chine d’au moins trois façons. Premièrement, les FSM sont l’un des deux seuls pays insulaires du Pacifique Nord à reconnaître la Chine. Deuxièmement, les entreprises chinoises ont exploré les opportunités économiques dans les FSM, la pêche étant leur principal objectif. La fédération s’étend sur 7,4 millions de kilomètres carrés et est dotée d’une pêche riche malgré sa petite population de 105 000 personnes. Troisièmement, le FMS est situé le long de la deuxième chaîne d’îles à côté des installations militaires américaines de Guam et des îles Marshall, ce qui lui confère une valeur militaire et stratégique importante.

La modernisation militaire accélérée de l’Armée populaire de libération signifie que la deuxième chaîne d’îles pourrait recevoir davantage d’attention chinoise à l’avenir, surtout si la rivalité stratégique sino-américaine augmente considérablement les prochaines années. Mais puisque le Compact of Free Association accorde aux États-Unis un accès militaire exclusif aux FSM, il est peu probable que la Chine établisse une présence militaire dans le pays.

Il y a des limites à l’influence de la Chine dans les FSM et le Pacifique Nord. Premièrement, la Chine fait face à une forte concurrence des puissances traditionnelles telles que les États-Unis. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a visité les FSM pour la première fois en août 2019 et a poussé à la renégociation du Compact of Free Association avec les FSM, les Palaos et les îles Marshall. Le COFA interdit toute utilisation par des pays tiers, des îles à des fins militaires.

Deuxièmement, Taïwan conserve une forte influence dans le Pacifique Nord. Trois de ses quatre partenaires diplomatiques dans les îles du Pacifique sont originaires de la région. Les gouvernements des Palaos, des Îles Marshall et de Nauru ont clairement indiqué qu’ils resteraient fidèles à Taïwan.

Troisièmement, la Chine est considérée avec suspicion par certains citoyens micronésiens qui affirment que la Chine s’installe sur un territoire traditionnellement contrôlé par les États-Unis dans une lutte diplomatique classique. Cet avis est souvent partagé par un vieil establishment pro-américain dit  » canal historique » dans le paysage politique micronésien.

Une quatrième contrainte est que le ralentissement économique de la Chine pourrait affecter son budget d’aide extérieure. Son approche de gouvernement à gouvernement limite également son engagement avec d’autres parties prenantes dans les pays des FSM et des îles du Pacifique, en particulier au niveau local.

Regard de l’Ambassadeur Chinois en Micronésie

Les États fédérés de Micronésie sont situés au carrefour du passage du Pacifique central, qui relie l’Asie aux Amériques, avec une superficie terrestre d’environ 700 km², mais une superficie maritime de près de 3 millions de km². Le pays  est ainsi reconnu comme une « puissance océanique de poche« .

Des échanges amicaux entre les deux peuples ont une longue histoire. La Chine attache une grande importance au développement des relations sino-micronésiennes et a toujours considéré les États fédérés de Micronésie comme un bon partenaire et un bon ami. Depuis l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays en 1989, leurs relations se sont développées rapidement. En 2018, le président Xi Jinping et son homologue micronésien ont décidé de transformer cette relation en partenariat stratégique global. En 2019, le nouveau président des États fédérés de Micronésie a effectué une visite d’État en Chine moins de six mois après son investiture, réaffirmant qu’il adhère fermement au principe d’une seule Chine et étant convaincu que la relation sera encore meilleure à l’avenir.

Dans le cadre de la coopération Sud-Sud et dans les limites de ses capacités, la Chine a fourni aux États fédérés de Micronésie, qui est également un pays en développement,  une aide désintéressée, ce qui a fortement renforcé son développement socio-économique. Les États fédérés de Micronésie et ses peuples approuvent pleinement l’idée de créer une communauté de destin commun proposée par le président XI Jinping, et a offert de l’aide à sa hauteur, à la Chine lorsqu’elle était dans la grande difficulté de lutter contre le COVID-19. Au début février, les États fédérés de Micronésie ont fait un don à la Chine pour la prévention et le contrôle de l’épidémie, ce qui traduit de la profonde amitié avec le peuple chinois. Le gouvernement des États fédérés de Micronésie et d’autres communautés ont également exprimé leur soutien et ont donné leur aide à la Chine de bien d’autres façons. Les six étudiants de Micronésie à l’université de Wuhan ont insisté pour rester sur le campus et coopérer activement avec le gouvernement local qui a pris des mesures de prévention et de contrôle. De nombreux professionnels à l’intérieur des États fédérés de Micronésie ont publié des articles dans les médias locaux, faisant état des résultats de recherche autorisés de la Chine et de  l’Organisation mondiale de la santé pour généraliser les connaissances de COVID-19, inviter le public à respecter les opinions des scientifiques et des experts et à traiter  l’épidémie de manière rationnelle ainsi qu’à se protéger de manière appropriée, en mettant en garde contre la politisation de l’épidémie par certains pays Occidentaux. Actuellement, la pandémie de COVID-19 se propage rapidement à travers le monde. Bien que l’épidémie en Micronésie est relativement moins grave, la situation est sous observation en raison de mauvaises conditions sanitaires locales. La Chine a aidé la Micronésie à améliorer sa capacité de réagir au moyen de  l’organisation des vidéoconférences entre des experts de la santé, la mise en ligne du centre de connaissances de lutte contre  l’épidémie, et la fourniture des provisions. La Chine a  contribué dynamiquement au maintien de la santé et de la sécurité publiques régionales et à vaincre complètement l’épidémie, en espérant écrire un nouveau chapitre dans la construction conjointe de la ceinture et la route.