Dans l’adversité, Pékin vient de voler au secours de l’Algérie, frappée par la pandémie de Covid-19, un vieil ami et le plus important exportateur vers le plus grand pays d’Afrique.

Le 27 mars, un vol d’Air Algérie en provenance de Pékin se posait à Alger avec à bord une équipe médicale chinoise de 13 spécialistes, et des équipements, y compris des respirateurs , le tout d’une valeur de 450.000$.

Les provisions  étaient offertes par le géant du BTP chinois CSCEC au nom de Pékin, afin d’aider l’Algérie dans la lutte contre l’épidémie de COVID-19. Notons que CSCEC détient une filiale algérienne qui mène de nombreux projets dans le pays depuis 1982.

Avec 1.251 cas déclarés, dont 105 décès, l’Algérie est dans une situation inquiétante en comparaison avec ses voisins Tunisiens et Marocains.

La Chine, où le coronavirus a apparu pour la première fois en décembre, a offert son aide à d’autres pays pour lutter contre la maladie, en offrant des masques, des experts et des équipements.

L’Algérie, pays de plus de 40 millions d’habitants, a passé commandes à la Chine de 100 millions de masques chirurgicaux, de 30.000 kits de dépistage, de vêtements de protection et autres équipements.

La Chine a également prévue la construction d’un petit hôpital  pour fournir des services de prévention à quelque 5.000 algériens et 4.000 travailleurs chinois de CSCEC,  selon l’agence officielle Chine Nouvelle, sans détail complémentaire. Les expatriés chinois forment la plus importante communauté étrangère, évaluée à plusieurs dizaines de milliers d’âmes.

La plupart sont des ouvriers employés sur des grands chantiers de construction, comme celui de la grande mosquée d’Alger, l’une des plus grande érigée entre 2012 et 2019 par le groupe CSCEC.

La compagnie est engagée dans plusieurs projets d’infrastructures à travers le continent africain, avec une présence historique en Algérie.

« L’Algérie a des relations particulières avec la Chine » explique Smaïl Debeche, professeur de relations internationales à l’Université d’Alger.

Ces relations « remontent à la guerre de libération« , dit-t-il, en évoquant la guerre dirigée par le Front de libération national (FLN) , et grâce à laquelle, l’Algérie s’est émancipée de la puissance coloniale française en 1962. La Chine fut le premier pays non arabe à reconnaître le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en 1958. L’Algérie défendra en retour Pékin à l’ONU.

Pendant des années, au coeur de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, la relation entre la Chine et l’Algérie devenait plus étroite.
L’Alger, fut surnommée « La Mecque des révolutionnaires » ,accueillant des militants gauchistes du monde entier.

Puis, pendant la guerre civile qui a durée plus d’une dizaine d’années dans les années 90, la Chine a intensifié ses relations politiques, militaires et économiques avec Alger, tandis que la plupart de pays occidentaux retiraient leur personnel diplomatique.

Bien que la France se devait de maintenir une relation étroite avec son ancienne colonie, elle a été remplacée par la Chine ses dernières années en tant que partenaire commercial principal de l’Algérie, tout comme le Sénagal.

D’ailleurs la relation Fraco-Algérienne est devenue tendue lorsque la Chine a commencé à venir en aide à l’Algérie pour lutter conter le COVID-19. La relation a dégénéré lorsqu’un commentateur, de France 24, a affirmé que l’aide médicale en provenance de Pékin était allée directement dans un hôpital militaire d’Alger.

Les dirigeants algériens ont exprimé leur « gratitude » envers la Chine, en la qualifiant « d’amie véritable« , sans oublier de réfuter ces allégations et convoqué l’ambassadeur de France pour lui faire part de leurs « vives protestations » .

L’ambassade de Chine en Algérie a fustigé aussi « des propos mensongers et diffamatoires » à l’égard de l’aide fournie à l’Algérie par le CSCEC. La province du Hubei, connue comme berceau de la pandémie du Covid-19, a été à l’avant-garde de la coopération médicale avec l’Algérie depuis longtemps.

Depuis 1963, plus de 3.000 soignants chinois provenant de Hubei ont exercé gratuitement en Algérie, dans le cadre d’une mission médicale permanente, de l’obstétrique à la médecine traditionnelle en passant par la chirurgie, selon le ministère algérien de la Santé.

Pour ce qui nous intéresse, la Chine a investi dans des raffineries et construit routes et chemins de fer en Algérie. Les ports sont le prochain cheval de bataille pour garantir à Alger, une place de choix sur les nouvelles routes maritimes de la soie – notamment le Port de Cherchelle.

En janvier 2020, la Chine a exporté des produits d’une valeur de 560 millions dollars, soit plus de 18% des importations algériennes, selon la Direction générale des douanes algérienne.

En septembre 2018, Alger a rejoint les « nouvelles routes de la soie » .

Par Huanran Yang