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Les relations économiques et financières sino-chilienne

Par Yang Mestre-Zhou,

Le 15 décembre 1970, le Chili est le premier pays sud-américain à établir des relations diplomatiques avec la Chine. Durant ces 48 ans, les relations entre les deux pays se sont développées sans heurts. Le Chili est le premier pays d’Amérique latine à reconnaître le statut d’économie de marché de la Chine et à signer un accord bilatéral de libre-échange quand la Chine a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Afin de promouvoir la coopération entre les deux pays dans le domaine des services et des investissements, les deux parties ont signé un accord complémentaire sur le commerce de services et les investissements en avril 2008 et septembre 2012 respectivement.

En juin 2016, la succursale du China Construction Bank (CCB) au Chili a officiellement ouvert en tant que première banque de clearing de RMB en Amérique latine. De plus la Banque du Chili, la Banque chilienne de crédit et d’investissement ont ouvert des bureaux en Chine pour renforcer leurs activités. En novembre 2016, la Chine et le Chili ont lancé les négociations sur un renforcement de l’accord de libre-échange (ALE). En mai 2017, la China Securities Regulatory Commission (CRSC) et l’agence de réglementation des assurances chiliennes ont signé un mémorandum d’accord sur l’échange d’informations et la coopération sur les marchés financiers.

L’ALE est mise en niveau en novembre 2017 et le mise en place le 1er mars 2019. Depuis le lancement de l’initiative de la « Ceinture et de la Route de la soie » en 2015, le Chili apporte un soutien particulier et participe activement à la construction de la « ceinture et de la route ». L’ex-président M. Bachelet s’est rendu en Chine pour participer au premier « Sommet de l’Initiative de la Ceinture et de la Route ». Le président chilien actuel M. Piñera a déclaré que « la partie chilienne se félicite de l’initiative de la « Ceinture et de la route de la soie » proposée par le Président XI Jinping et soutient cette initiative dans laquelle le Chili souhaite vivement coopérer ». En novembre 2018, le Chili et la Chine ont signé un mémorandum d’accord sur la coopération afin d’associer le Chili dans l’initiative de la « Ceinture et de la Route ».

Accord de libre-échange

Le 18 novembre 2005, la Chine et le Chili ont signé l’ALE qui a mise en place une réduction des tarifs douaniers le 01 Juillet 2006. Pour la République du Chili, 98.1% des lignes tarifaires de l’ALE correspondant à 96.9% des importations sont libéralisées en 2015. En même temps, pour la République Populaire de Chine, 97.2% des lignes sont libéralisées représentant 99.1% des produis chiliens.

Les Figures 1 représentent la répartition des exportations et importations du Chili selon ses principaux partenaires commerciaux. On observe que la Chine est le plus gros importateur de produits Chiliens. Le Chine est surtout le principal importateur de matières premières (notamment le cuivre) en provenance du Chili. Depuis 2014, on note aussi que le Chili importe plus de produits chinois qu’américains.

Figures 1 : Ventilation des Exportations et importations Chilienne par pays

chili1chili2

Source : Office national de statistique du Chili et CS.MFA.GOV.CN

Selon les statistiques des douanes chinoises, le volume du commerce bilatéral en 2017 était de 35,395 milliards de dollars américains, dont 14,413 milliards de dollars américains en exportations et 20,982 milliards de dollars américains en importations pour la Chine (respectivement en hausse de 12,7%, 12,5% et 12,8%). De janvier à novembre 2018, le volume des échanges bilatéraux s’est élevé à 39,2 milliards de dollars américains, soit une augmentation de 23,2% en glissement annuel.

Les exportations chinoises vers le Chili sont principalement des produits électromécaniques, textiles, plastiques, et des appareils ménagers, etc (produits industriels finis ou semi-finis). Les produits importés du Chili sont principalement du cuivre, de la pâte à papier, du minerai de fer, du vin, de la farine de poisson et des fruits (principalement des produits agricoles). En 2016, la Chine est devenue le plus gros importateur de vin du Chili et le plus grand acheteur de fruits Chiliens (pour une valeur de 1,207 milliard de dollars américains).

Le Chili est situé sur la façade pacifique de l’Amérique du Sud, il représente donc une point d’entré important pour les produits chinois sur le continent. Le Chili est le troisième partenaire commercial de la Chine en Américain latine et le plus grand fournisseur de Cuivre importé, tandis que la Chine est le premier partenaire commercial, le plus grand marché d’exploitation et la principale source d’importation du Chili.

Les échanges entre les deux pays ne cessent d’augmenter et l’inclusion du Chili dans la « Ceinture et la Route » contribuera davantage au développement bilatéral du commerce.

Le poids du cuivre dans les échanges entre les deux pays

Après la crise de la Bulle spéculative Internet en 2000, le prix du cuivre a diminué jusqu’au second semestre 2002 (quand l’économie mondiale a commencé à se redresser). En raison de la forte augmentation de la demande et de la dépréciation continue du dollar américain, les prix du cuivre sur les marchés internationaux ont commencé à augmenter rapidement en 2003. Les échanges (exportations et les importations) entre la Chine et le Chili ont connu un grand essor après la mise en place de l’ALE en 2006. En 2008, sous l’effet de la crise financière mondiale, la consommation mondiale a fortement chuté, les exportations chinoises vers le Chili ont baissée, et les importations chinoises en provenance de Chili ont ralenti. Par la même, les stocks sur le marché des changes ont fortement augmenté et les prix du cuivre sur le marché international se sont effondrés.

La Figure 2 met en lumière les évolutions conjointes entre les Exportations chinoises vers le Chile, les Importations chinoises en provenance du Chili et le prix du Cuivre.

Figure2 : Expo-Import de la Chine avec le Chili et le prix du cuivre (1998-2017)

chili3

La consommation chinoise (de cuivre) étant très élevée et les stocks mondiaux au plus bas, les prix du cuivre sur le marché international ont atteint un niveau record au T4 2010- T1 2011. Les exportations chiliennes vers la Chine ont ainsi fortement augmenté malgré la crise de la dette européenne (2009) qui a eu une incidence sur le prix du cuivre. C’est pourquoi, le commerce sino-chilien est resté relativement stable et en augmentation.  Depuis 2014-2015, le marché du cuivre connait un excédent d’offre et devient particulièrement instable. Par ailleurs, le taux de croissance de l’économie Chinoise commence a ralentir, donc les importation chinoises en provenance de Chili diminuent tendanciellement ou cessent de croitre.

Il ressort ainsi, qu’en tant que principaux producteurs (Chili) et Consommateur (Chine), les relations commerciales Chine-Chili peuvent affecter substantiellement les prix du cuivre.

Ces relations commerciales très étroites entre les deux pays surtout dans les matières premières, primordiales pour l’économie, impliquent des flux financiers et des échanges monétaires importants.  Les marchés financiers des deux pays doivent donc être de plus en plus interdépendant car ils suivent nécessairement les évolutions des relations commerciales.

Relations entre les marchés boursiers Chinois et Chiliens

Comme indiqué précédemment, des relations commerciales étroites impliquent des flux financiers importantes et donc affectent l’intensité des liens entre les places boursières des deux pays. L’intensité d’une relation se mesure grâce à un coefficient de corrélation, ainsi, plus sa valeur est proche de 1 ou de -1 plus les liens sont forts.

Nous analysons donc la corrélation entre les trois indices financiers et celui du Chili. Nous retenons l’indice de Shanghai Stock-Exchange (noté LSSE) et celui Shenzhen Stock-Exchange (noté LSZSE) pour la partie continentale de la Chine que nous complétons par l’indice Hang Seng de la bourse de Hong Kong (noté LHK). Pour le Chili nous retenons l’indice de bourse de Santiago (noté LCHILI) qui est la troisième place boursière d’Amérique Latine.

L’évolution des cours boursiers des quatre indices précédents pour la période 1998 – 2017 (observations journalières) est illustrée par la Figure 3.

Figure 3 : Evolutions des Indices Chinois et Chilien : 02/01/1998-29/12/2017

chili4Source data : Yahoo finance et Boursorama

 

On observe graphiquement qu’il y a une tendance commune entre les quatre indices. Les indices de Shanghai et de Shenzhen sont très proches l’un l’autres car ils partagent la même structure, cependant, les mouvements de l’indice Chilien sont plus proches de ceux de Hong Kong.

Ces observations graphiques doivent être complétées par le calcul des coefficients de corrélation entre les indices pour apprécier l’intensité de leurs relations. Nous faisons appel, à cet effet, aux ondelettes qui sont une méthode d’analyse tempo-fréquentielle. Il est ainsi possible d’illustrer la corrélation entre ces indices au cours du temps tout en la définissant à court, moyen et long terme[1].Les résultats de cette procédure sont représentés par les Figures 4 ci-dessous.

Figures 4 : Corrélation Tempo-Fréquentielle entre les Marchés Chinois et Chilien :

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[1] (Pour plus de détails cf. référence [11]).

Les résultats s’interprètent de la manière suivante, plus la couleur est rouge plus la relation entre les indices est forte car la corrélation est très proche de 1. A l’inverse le bleu indique une relation moins intense du fait d’une corrélation faible (proche de 0). Le temps est exprimé en jours sur l’axe des abscisses. Les ordonnées représentent la Période considérée exprimé aussi en jour, on parle aussi de fréquence ou d’horizon. Le haut de l’axe (par exemple le 4 et le 16) représente des Horizons de Court-termes tandis que le bas (avec 256 et 1024 par exemple) illustrent le Long-Terme.

On observe en premier lieux que les marchés financiers chinois et chiliens sont fortement corrélés à long-terme c’est-à-dire pour des horizons allant de 256 jours (1 an) à 1024 jours (4 ans).  Les places continentales sont fortement corrélées au marché chilien notamment depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC et la signature de l’ALE en 2005. Les indices d’Hong Kong et du Chili, par contre, sont fortement interdépendantes. Ce résultat s’explique par le poids important des entreprises minières et énergétiques dans la composition du Hang Seng.  L’inclusion du Chili dans la « Ceinture et la Route » devrait renforcer davantage la relation de long-terme entre les places chinoises continentales et la bourse de Santiago.

Avec une optique de moyen-terme (horizons de 32 jours à 1 an), l’intensité des liens entre les marchés est moins prononcée mais elle n’est pas nulle pour autant. On observe, en effet, une corrélation forte durant la crise des subprimes de 2007-2009 mais aussi lors d’événements majeurs entre les deux pays (comme la signature de l’ALE et son renforcement, les différents accords commerciaux de 2008 et 2012, l’accord de coopération financière de 2017, etc …).  On note aussi que la corrélation s’est renforcée depuis le lancement des « Nouvelles Routes de la Soie » en 2015. Les avancées dans les relations commerciales ont ainsi renforcé les relations financières entre les deux pays.

Si l’on se place à court termes (pour des horizons de 2 à 16 jours), la corrélation est globalement plus ténue mais elle est forte pour certains jours, elle est donc discontinue et instable. Ce phénomène se matérialise par l’alternance rapide entre le Bleu et le Rouge qui est particulièrement visible pour la relation Hong Kong-Chili. Ce constat indique simplement qu’à court-terme les relations ne sont pas stables à cause des multiples effets de marché qui affectent séparément et spécifiquement chaque indice.

Finalement, la corrélation entre les marchés financiers chinois et chilien a fortement augmenté suite aux multiples accords commerciaux établis entre les deux pays. La place d’Hong Kong est particulièrement reliée à celle de Santiago du fait de la composition de son indice. L’effet de l’inclusion du Chili dans la « Ceinture et la Route » va très probablement renforcer les liens entre les places boursières continentales et la bourse de Santiago.

Références:

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