Diplomatie Economie

Synthèse Trésor-Éco n° 229 : Les nouvelles routes de la soie

Par Valentin Munoz

L’Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie vous propose une synthèse de la lettre n°229 de Trésor-Éco publiée le 11 octobre 2018, apportant une vision claire des principaux enjeux liés aux Nouvelles Routes de la Soie (BRI).

Cette lettre s’ouvre sur une identification des germes du projet et des intentions de la Chine. Il s’agit de trouver un débouché aux capacités de financement et de production industrielle de la Chine, prioritairement dans les infrastructures, l’énergie, et le numérique. Les continents eurasiatique et africain en sont les principaux bénéficiaires, puis l’Amérique latine et l’Arctique.

L’Empire du Milieu a l’intention de se doter d’une force de projection économique et politique internationale, dont il impose le rythme et les conditions, concurrençant les autres grandes puissances de l’hémisphère nord.

La France et l’Union Européenne comptent participer à un environnement toujours plus connecté et coopératif avec l’Asie, mais également en pays tiers. Elles expriment cependant leur préoccupation en matière de transparence et d’ouverture de la stratégie chinoise. Le jeu du multilatéralisme doit être un principe commun.

  1. Estimation des besoins en infrastructures

Les nouvelles routes de la soie englobent environ 70 pays, représentant 60% de la population mondiale, 30% du PIB et 35% du commerce international. Elles concernent donc un certain nombre de pays pauvres ou en voie de développement, puisque le PIB/habitant y est en moyenne plus faible que dans le reste du monde.

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À horizon 2030, la Banque asiatique de développement (BAD) évalue un besoin en infrastructures pour la zone eurasiatique de 22 551 milliards de dollars. Plus de la moitié à allouer à l’Asie de l’Est, dont le PIB/habitant est déjà le plus élevé du continent, et plus du quart de cette somme à destination de l’Asie du Sud, qui concentrera la moitié de la population du continent en 2030.

Néanmoins, pour atteindre cet objectif, les sommes actuellement investies devront doubler.

Ces infrastructures couvrent le fret ferroviaire, le transport de passagers, ainsi que des zones portuaires, des zones économiques spéciales, et des corridors numériques. Les principaux opérateurs de la BRI sont de grands groupes d’Etat chinois comme Cosco ou PowerChina, mais également des entreprises privées telles que Huawei, ZTE ou Alibaba. Publics ou privés, l’administration chinoise n’en demeure pas moins présente dans la supervision de ces projets, notamment au travers de mécanismes comme ceux du MOFCOM, de la NDRC, de la SAFE ou de la SASAC.

    2. Valeur ajoutée pour la Chine

Sécurisation et accélération de l’approvisionnement en matières premières, avec une diversification multidirectionnelle : charbon de Mongolie, gaz de Russie, nickel d’Indonésie, hydrocarbures d’Afrique. 80% des importations pétrolières transitent encore par le détroit de Malacca.

Concernant ses exportations, la Chine y trouve son compte, puisqu’elle parvient à liquider ses surcapacités de production, notamment ses surplus d’acier, de ciment, et d’aluminium, qu’elle convertit en investissement direct à l’étranger (IDE) dans les zones en fort besoin d’infrastructures, comme l’ASEAN.

Le plan « China Manufacturing 2025 »  entend accroître la puissance industrielle chinoise, et ambitionne de maîtriser des technologies de pointe dans une dizaine de secteurs considérés stratégiques, tels que les TIC, l’aéronautique, la médecine et les énergies. Il vise à accompagner la montée en gamme des productions et à trouver de nouveaux débouchés pour les produits chinois, avec des objectifs précis de parts de marché intérieures et internationales à conquérir.

La BRI permet aussi le désenclavement des provinces centrales et occidentales de la Chine, par leur intégration économique. La Chine espère ainsi acheter la paix sociale dans des zones sous tensions séparatistes et indépendantistes.

   3. Financement de projet

Afin de soutenir ce projet, une forte mobilisation de ressources financières est prévue.

Les grandes banques commerciales chinoises, toutes entreprises d’Etat, pourraient mobiliser jusqu’à 285 Mds de dollars sur 10 ans. Respectivement : Bank of China 100 Mds, China Construction Bank 100 Mds, ICBC 70 Mds, et ABC 15 Mds.

Les institutions financières internationales créées pour l’occasion : la New Development Bank (NDB), et l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), mobiliseraient 150 Mds de dollars de grands bailleurs multilatéraux.

Les policy banks chinoises, responsables du financement et du développement économique et commercial des projets investis par l’État, seraient les plus importants contributeurs, avec près de 900 Mds de dollars pour la China Development Bank (CDB), et 20 Mds pour Export-Import Bank of China (CHEXIM), notamment en crédit à l’exportation.

Les autorités chinoises ont aussi mis en place le Silk Road Fund (SRF), investisseur en fonds propres dédié à la BRI, avec un capital théoriquement mobilisable de 75 Mds de dollars.

Certaines grandes banques multilatérales ont signé avec la Chine des accords de coopération pour participer au financement de projets ponctuels.

Parmi ces signataires : la Banque Mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), ainsi que la Banque asiatique de développement (BAD).

Enfin, les administrations chinoises cherchent à encourager les financements privés chinois et internationaux. En effet selon les estimations, la somme des moyens financiers mobilisés reste insuffisante vis-à-vis des engagements de la Chine.

    4. Acquérir une carrure internationale

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L’essor économique de la Chine et son implication internationale, la mène à occuper de plus grandes responsabilités. Elle met alors en place une « diplomatie des sommets ». Sa participation au G20 et à l’OMC en est l’illustration, malgré des désaccords de fond qui persistent.

La Chine créé le Belt & Road Forum (BRF), qui s’est tenu pour la première fois en mai 2017, regroupant 130 pays et 70 organisations internationales, et la China International Import Expo (CIIE) de novembre 2018. Ces grands rendez-vous démontrent l’intérêt et souvent l’adhésion de la communauté internationale au projet chinois.

Des sommets thématiques sont également organisés, autour de la coopération juridique, fiscale, et énergétique.

Par ailleurs, la Chine use de la politique du Memorandum of Understanding (MoU) avec les Etats étrangers, qui consiste en la signature d’accords bilatéraux, avec un soutien manifeste au projet de la BRI, la négociation d’axes de coopération, et l’établissement quasi-systématique d’un comité de pilotage.

L’internationalisation du Renminbi, qui est un outil dont la Chine se sert pour certaines transactions commerciales sur ses Routes de la Soie, notamment pour l’achat de matières premières. Cette devise a d’ailleurs intégré en 2016, le cercle très restreint des monnaies de réserve du FMI.

     5. Incertitudes liées aux Nouvelles Routes de la Soie

La soutenabilité des financements chinois questionne. La Chine possède de gigantesques réserves de change, qu’elle prête à des Etats et investit en infrastructures, de manière plus abondante et moins contraignante – généralement sans exigence de soutenabilité ou de réformes sociales et fiscales – que les bailleurs de fonds occidentaux (ex : FMI). Ceci entraîne également un bouleversement de la pondération des créanciers de ces Etats dans leurs dettes extérieures.

Des projets économiquement non viables pourraient conduire à un endettement insoutenable des pays emprunteurs.

De plus, il existe des contraintes de sélection d’entreprises chinoises pour la mise en œuvre des projets, limitant les retombées économiques vers le tissu local. Certains pays à priori bénéficiaires, commencent à tirer la sonnette d’alarme. Par exemple, 91% des revenus générés par le port de Gwadar au Pakistan devraient revenir à la Chine.

Les élections et changements de gouvernements à l’étranger, affectent parfois les relations avec la Chine, et remettent en cause les accords bilatéraux. C’est le cas en Malaisie ou au Sri Lanka.

    6. Opportunités pour l’Europe ?

Pour la Chine, l’Europe représente un marché d’innovation technologique.

Cependant, elle y entretient des relations asymétriques. À travers le partenariat « 16+1 », la Chine propose des financements à seize Etats d’Europe de l’est, entrant en complémentarité ou en compétition avec les subventions accordées par l’UE.

La BRI est facteur d’interconnexion des marchés, et dynamise les conditions de concurrence par l’arrivée de nouveaux acteurs, accompagnant une potentielle augmentation du niveau de croissance.

Les entreprises européennes possèdent une expertise technique reconnue dans les infrastructures, les transports et l’énergie. Néanmoins, leur capacité d’accès aux projets de la BRI reste incertaine, comme l’on peut le constater à la rareté des projets financés par la Chine où sont impliquées des entreprises étrangères (seulement 3,4%).

De surcroît, l’UE exprime des souhaits en matière de conditions de concurrence équitable, de lutte anti-corruption, et de transparence sur les pratiques de soutien étatique.

La France souscrit aux requêtes européennes.  Elle n’a de son côté, signé aucun mémorandum d’entente sur la BRI, mais privilégie le principe de coopérations ponctuelles.

Source : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2018/10/11/tresor-eco-n-229-les-nouvelles-routes-de-la-soie

 

 

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