#3 Stade d’Ebimpé : La Chine et sa contribution aux infrastructures sportives en Cote d’ivoire.

Par Ebi Filomene N’godo

CONTRIBUTION DE LA CHINE À L’ÉQUIPEMENT DE LA CÔTE D’IVOIRE EN INFRASTRUCTURES SPORTIVES : SYNTHÈSE À MI-PARCOURS SUR LE STADE OLYMPIQUE D’ÉBIMPÉ.

INTRODUCTION

La République Populaire de Chine (RPC) est un des acteurs primordiaux du domaine des infrastructures depuis le début des années 2000 dans les pays africains. La Côte d’Ivoire, membre de ce grand ensemble, dans le cadre de sa coopération bilatérale avec la Chine depuis 1983, voie se réaliser d’importants travaux de constructions dans différents domaines. Le domaine sportif n’est pas en reste de ces réalisations. Le projet de construction du plus grand stade ivoirien, en l’occurrence le stade olympique d’Ébimpé, dans la commune d’Anyama depuis 2016, amène à s’interroger sur l’apport de la Chine à la réalisation des infrastructures sportives, particulièrement à la construction de ce stade olympique.

Dans cette analyse, il s’agit, après avoir fait un bref rappel du contexte de la mise en œuvre et présenter le projet, de spécifier les différents acteurs et leurs rôles dans la réalisation des travaux de construction. Pour y parvenir, nous nous sommes rendus sur le chantier le 01septembre 2018. Ce travail est donc en grande partie, le fruit des observations faites sur le terrain et de quelques documents collectés auprès de certains centres de documentation.

I/ CONTEXTE DE LA MISE EN ŒUVRE ET PRÉSENTATION DU STADE OLYMPIQUE D’ÉBIMPÉ

La coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire est multiforme. En effet depuis 1994 jusqu’en 2018, divers domaines d’activités bénéficient des prêts et dons du gouvernement Chinois et de l’Eximbank Chine pour la réalisation des infrastructures. On peut citer entre autres, le palais de la Culture d’Abidjan, l’hôtel des députés à Yamoussoukro, l’hôpital général de Gagnoa, l’autoroute Abidjan Bassam, le Barrage hydroélectrique de Soubré etc.

Le projet pour la construction d’un stade olympique de type moderne, avec les commodités requises, dans la ville d’Anyama à proximité d’Abidjan, est inscrit dans le programme du gouvernement ivoirien depuis très longtemps. En effet, vu les limites liées au vieillissement et au nombre de place limité du stade national Félix Houphouët Boigny, et son inadaptation à l’organisation de grandes compétitions urbaines en ces début de XXIème siècle, l’État ivoirien exprime à ses partenaires son besoin de disposer d’une infrastructure de renom. À la suite de différentes démarches, la RPC accepte d’apporter son aide et son expertise à la Côte d’Ivoire dans ce sens. Une convention est alors signée entre les deux États, entérinant et officialisant ainsi, l’accord de la RPC pour la mise en œuvre du projet de construction du stade d’Ébimpé.

 L’édifice en question est un bâtiment en forme de cercle mais bâti sur un terrain rectangulaire de 20 hectares[1] soit 200 000 mètres carrés, de surface au sol 61.250 mètres carrés avec une hauteur de 51,4 m. C’est un stade de type moderne avec une tribune entièrement couverte et équipée de 6012 sièges repartis en cinq niveaux, pour des spectateurs, la presse et les personnes à mobilité réduite.

Au rez-de-chaussée, sont prévus les salles fonctionnelles constituées de salles pour officiers, sponsors, athlètes, presse, gestion des événements de compétition et d’exploitation du stade, restaurants, magasins. Les premier et quatrième niveaux, représentent la plate-forme et les services des spectateurs. Quant aux deuxième et troisième niveaux, ils sont destinés à abriter la tribune présidentielle, le salon et les loges V.I.P.

Le terrain de sport proprement dit est envisagé pour être composé d’un terrain de compétition de football couvert de gazon naturel et d’une piste d’athlétisme couverte de résine synthétique, deux écrans LED et un système de sonorisation et des équipements sportifs nécessaires. À l’édifice central constitué des tribunes et du terrain, s’ajoutent des parkings de stationnements internes, externes et des équipements annexes autour du stade pour son bon fonctionnement. Les images ci-dessous représentent le stade en construction. Les deux premières sont prises de l’intérieure et la dernière montre les travaux autour du stade

stadepimbé
Photo lors de notre visite

II/  LES ACTEURS DU FINANCEMENT ET LA REPARTITION DES TÂCHES

Quand bien même que le stade olympique d’Anyama est officiellement une aide de la RPC, un marché exclusif de la compagnie chinoise BCEG, les travaux de construction sont rendus possible grâce au concours de différents acteurs (financement, entreprises, main d’œuvre) dont les rôles et contributions sur le chantier méritent d’être spécifiés.

Le financement du stade olympique d’Anyama est le fruit de différentes conventions de prêts et de dons concluent entre les deux États. Selon les données collectées auprès de certaines institutions locales, une première convention de prêt sans intérêt d’un montant de 25 710 000 000 FCFA[2] est signée entre le gouvernement chinois et l’État de Côte d’Ivoire le 04 novembre 2014.  Prêt qui devra être remboursé à partir du 30 novembre 2024. Cette convention confirme l’engagement de la Chine à la réalisation effective du stade d’Ébimpé.

La deuxième convention de financement est un don du même montant mais destiné à la fois à la construction du stade olympique d’Anyama et à la construction du lycée d’excellence de Grand Bassam. Cette deuxième convention intervient après le lancement des travaux. En effet, bien que les négociations commencent avant 2014, c’est le 22 décembre 2016 que la première pierre est posée par Daniel Kablan Duncan, alors premier ministre de la République de Côte d’Ivoire. Cette cérémonie marque le début des travaux de construction.

 En somme, le stade olympique d’Anyama est un chantier financé par différentes combinaisons de prêts et de dons Chinois.  Cependant, si l’édifice est entièrement financé  par la RPC pour un montant total de 63 990 243 240 Fcfa[3]  hors taxe, l’on doit souligner qu’à côté de ces différentes conventions de financement apportées par la RPC, le gouvernement ivoirien apporte une contribution financière d’environ 4 000 000 000 Fcfa pour la réalisation de certains travaux annexes liés au stade, et est aussi chargé du paiement des prestations de certaines structures nationales engagées sur le chantier, pour veiller au bon déroulement et à la qualité des travaux.

Tout comme le financement, la réalisation des travaux sur le chantier associe les deux États.  La partie chinoise, par le biais de la compagnie BCEG a le marché principal qui est la construction entière du stade avec les éléments constitutifs tels que présentés plus haut. À l’opposé, le gouvernement ivoirien soustraite avec des compagnies locales pour la réalisation des tâches qui lui sont assignées. Ces tâches se résument en des travaux primaires tels que le terrassement de l’espace devant abriter le stade, des travaux secondaires à savoir le raccordement en électricité, en télécommunication, et en eau potable.

Les travaux de terrassement à l’origine, couvrent une surface de 39 hectares soit 20 hectares pour abriter le stade et 19 hectares pour le périmètre de sécurité autour du stade. Cependant pour des raisons internes, l’espace réservé au périmètre de sécurité s’est élargi à 20 hectares de plus. Ainsi, le stade et son périmètre de sécurité couvrirons à la fin des travaux un espace d’environ 60 hectares. De façon générale, le terrassement consiste, après avoir dégagé toutes les emprises présentes sur le terrain, de le remblayer en fonction des normes requises, pour le mettre dans les conditions pouvant abriter l’édifice.

Pour ce qui est des travaux de raccordement électrique sur ce chantier, il s’agit de construire une ligne électrique souterraine de tension moyenne (15kv), pour l’alimentation du stade à la fin des travaux. De même, le raccordement au réseau de télécommunication réalisé sur une distance de 12 km, consiste à fournir et à installer le réseau de télécommunication en fibre optique avec toutes les composantes.

Quant à l’amenée d’eau potable, elle renvoie aux travaux qui ont pour but de fournir les équipements et installations nécessaires à l’alimentation   du site en eau potable.  En somme, tous ces travaux primaire ou secondaire servent au bon fonctionnement du chantier et du stade au terme de sa construction.

La main d’œuvre sur le chantier est aussi composite. On peut même conclure que sur ce chantier la question de l’infériorité du nombre de locaux n’est plus à l’ordre du jour car, sur environ 1000 employés, on compte 350 ouvriers chinois et 650 manœuvres locaux.  Un des manœuvres avec qui nous nous sommes entretenus confie d’ailleurs ceci : « c’est nous qui faisons tout le travail »[4]. Cela montre que, contrairement à ce que l’on croirait, la main d’œuvre locale joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre des chantiers. Aussi, des efforts sont faits au fil du temps, pour relever les défis liés à la condition de cette main d’œuvre sur le chantier.

 Hormis ce projet d’envergure, deux autres compagnies chinoises remportent deux chantiers pour la construction de stade dans les villes de Korhogo et San Pédro. En effet, toujours dans le souci d’une bonne organisation, des appels d’offre sont lancés par le gouvernement ivoirien pour la construction de trois nouveaux stades en zone rurale et la réhabilitation de celui de la ville de Bouaké. Ainsi, sur 57 compagnies en compétition, quatre dont deux chinoises, une française et une portugaise, obtiennent les chantiers suivants : les marchés de construction du stade de Korhogo et de San Pédro remportés respectivement par China National Building Material (CNBM) et China Civil Engineering Construction Côte d’Ivoire ; la réhabilitation de celui de Bouaké remportée par le portugais MOTA Engil ; et enfin celui de Yamoussoukro remporté par le français SOGEA-SATOM.

Ces deux marchés remportés pas ces compagnies chinoises, même si se sont des appels d’offre relevant du partenariat public privé, montrent que les compagnies chinoises sont de plus en plus compétitives aussi bien dans la construction d’infrastructures sportives que bien d’autres bâtiments sur le territoire ivoirien. Ajoutés au chantier du stade olympique, l’on s’aperçoit de la part active que prend la Chine, à travers ses compagnies, à l’équipement de la Côte d’Ivoire en infrastructure sportive depuis 2016.

Tous ces chantiers en plus de créer des emplois dans l’immédiat, pour la masse de manœuvres au niveau local, aident à terme la Côte d’Ivoire à disposer d’infrastructures importantes dans le domaine sportif, utiles à l’organisation de compétition de haut niveau.

CONCLUSION

Au terme de cette analyse, il en ressort que la République populaire de Chine apporte une contribution considérable au développement des infrastructures sportives en Côte d’Ivoire. Le financement et la réalisation entière du stade olympique d’Ébimpé est la preuve de cet engagement. Cette infrastructure associe les entreprises locales et est une source de création d’emploi pour la main d’œuvre locale. Cependant, comme sur bien d’autres chantiers, certains défis doivent être considérés par les différentes parties engagées, afin que ce type de chantier apporte un bien être et une contribution réelle à l’épanouissement de la population.

[1] Bureau National d’Étude Technique et de Développement, Rapport d’avancement N°1, Août 2017, pp.11

[2] Direction de la Dette Publique de Côte d’Ivoire, Convention de prêt signée gouvernement chinois, 4 novembre 2014.

[3] Bureau National d’Étude Technique et de Développement, Rapport d’avancement N°1, Août 2017, pp.11.

[4] Anonymat, entretien réalisé le 01 septembre 2018, sur le chantier.

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Catégories :Afrique, Série Projets BRI

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