Réchauffement diplomatique en mer Caspienne : La Chine veille.

Publié par Valentin MunozPassionné par l’Asie, Valentin Munoz travaille actuellement à l’Ambassade de France à Pékin. Diplômé d’un Master de Commerce International de l’Université Panthéon-Assas et ayant étudié à Taïwan, il s’est spécialisé dans l’analyse des enjeux géopolitiques et socio-économiques de la région.
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Dimanche 12 août, les dirigeants des cinq pays d’Asie centrale bordant la mer Caspienne se sont réunis dans la ville portuaire kazakhe d’Aktaou. La Russie, la Kazakhstan, le Turkménistan, l’Iran, et l’Azerbaïdjan se sont entendus pour redéfinir de manière conjointe le statut de cette mer, tentative qui n’avait pas abouti depuis plus de deux décennies.

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Outre la décision d’interdire d’accès à cette zone maritime pour les forces militaires des pays tiers, cet accord prévoit un contourage des zones d’exploitation halieutiques et d’hydrocarbures propres à chaque Etat, ainsi que l’autorisation de construire des oléoducs et gazoducs sous-marins. Notons que l’on estime à 50 milliards de barils de pétrole offshore et à 300 000 milliards de m3 de gaz naturel les réserves actuelles de cette étendue d’eau.

Longtemps cogérée par les géants russes au nord et iraniens au sud, la mer Caspienne devrait à présent voir émerger des projets axés Est-Ouest. Ainsi, le « Trans-Caspian Pipeline (TCP) » pourrait voir le jour pour le transport de gaz naturel, malgré l’opposition initiale de la Russie et de l’Iran. Celui-ci relierait le Turkménistan à l’Azerbaïdjan, et approvisionnerait la Turquie puis une partie de l’Europe. Il en serait de même pour le « Kazakhstan Caspian Transportation System (KCTS) », connectant le Kazakhstan à l’Azerbaïdjan par des oléoducs.

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Ces projets pharaoniques font d’ailleurs l’objet du soutien de l’Union Européenne qui cherche à satisfaire ses propres objectifs d’efficacité énergétique, et qui compte réaliser un corridor gazier sud-européen long de 3500 kilomètres, avec pour point de départ la mer Caspienne. L’activité de la région devrait profiter à des opérateurs étrangers tels que le français Total, l’italien ENI, le japonais Inpex, le britannique BP, ou encore l’américain ConocoPhillips.

Mer Caspienne

La Chine aussi tirera son épingle du jeu. Selon l’agence américaine Energy Information Administration (EIA), la Terre du Milieu est devenue en 2017 le plus grand importateur mondial de pétrole brut ; sa production domestique a diminué (ses réserves étant initialement faibles) tandis que ses importations ont fortement augmenté. Par conséquent, l’exploitation concertée et facilitée de nouveaux gisements pétroliers par des pays partenaires, constitue une opportunité d’approvisionnement en hydrocarbures plus sûr et régulier.

L’Iran tout d’abord, à qui la Chine a acheté environ 655.000 de barils par jour au premier trimestre 2018, selon les statistiques douanières chinoises, soit plus du quart des exportations pétrolières totales de Téhéran.

Le Kazakhstan, qui serait avantagé dans le redécoupage du gâteau maritime caspien, pourrait bénéficier des plus grands gisements de pétrole sous-marins régionaux, et opère déjà avec le chinois CNPC un oléoduc rattachant sur 2.300 kilomètres ses côtes à la région du Xinjiang, en Chine occidentale.

Scénario similaire avec le voisin turkmène pour le gaz, dont il dispose de 15% dans le total des réserves mondiales. Le « gazoduc d’Asie centrale – Chine » qui y prend source et qui traverse plusieurs ex-républiques soviétiques, fait transiter jusqu’en Chine occidentale plus de 40 milliards de m3 de gaz par an.

Quant à la Russie, elle vient se nicher en tête des fournisseurs de pétrole brut pour la Chine. Ces deux nations parviennent à effectuer leurs transactions en devise locale, yuan et rouble, en évitant le dollar américain.

En conclusion, la définition d’un nouveau statut juridique de la mer Caspienne par le biais d’une convention multilatérale, signe le succès diplomatique et la volonté de communication des Etats d’Asie centrale. Cette initiative relève également d’une stratégie d’autonomisation face aux influences externes, et se veut une parade aux sanctions américaines. Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran, a déclaré lors de ce sommet « La mer Caspienne n’appartient qu’aux pays de la Caspienne ».

Néanmoins, nombre de ces projets ne se concrétiseront qu’avec l’aval des pays dont ils traversent le territoire comme la Turquie, bien que certaines ressources ne leur soient allouées en chemin. Se dessine donc une série d’enjeux eurasiatiques qui correspondent aux tracés des nouvelles routes de la soie initiées par la Chine en 2013.

Début septembre 2018, le président Xi Jinping se rendra à Astana, capitale du Kazakhstan, pour réaffirmer la place de Pékin dans la sphère régionale et mondiale, lors du cinquième anniversaire du lancement officiel de la BRI, et encourager au développement conjoint sur le plan économique, technologique et scientifique.

Valentin Munoz

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Catégories :Asie Intermediaire, Diplomatie

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